• ACCUEIL
  • A propos
    • Le mot du Président
    • Nos objectifs
  • Evenements
  • COMMUNICATIONS
    • Editoriaux
    • Communiqués de presse
    • FATSR dans les médias
  • Nos associations
  • Contact – Adhésion/Soutien
  • Bibliothèque

Le 24 avril 1915 : les origines historiques d’un évènement mythifié – Dr. Maxime Gauin

Avant-propos

Depuis plusieurs années, la Fédération des associations turques de Suisse romande (FATSR) s’attache à aborder avec rigueur et responsabilité la question du “24 avril 1915”, souvent au cœur de controverses mémorielles et d’instrumentalisations politiques.

Dans cette démarche, la FATSR a déjà publié plusieurs analyses visant à replacer cet évènement dans son contexte historique, notamment :

  • Que s’est-il passé le 24 avril 1915 ?
  • Le 24 avril : usage et manipulations de l’histoire
  • Le 24 avril 1915 : mythe, réalités, contexte
  • “1915 : le communautarisme contre l’Histoire” publié par Maxime Gauin le 24 avril 2019

Le présent article de l’historien français, le Dr. Maxime Gauin, s’inscrit dans cette continuité. Il propose une analyse approfondie des causes historiques et géopolitiques ayant conduit aux événements du 24 avril 1915, en les replaçant dans le contexte des guerres balkaniques, des tensions internationales et des insurrections armées au sein de l’Empire ottoman.

Face à une lecture parfois univoque, largement contestée par de nombreux travaux historiques, cette étude s’appuie sur des sources diplomatiques, militaires et historiographiques afin de ramener cet évènement à sa juste proportion, en distinguant les faits établis des constructions narratives ultérieures.

Sans prétendre clore le débat, la FATSR réaffirme son attachement à une approche fondée sur :

  • l’ouverture des archives,
  • la confrontation des sources,
  • et le refus des lectures simplificatrices de l’histoire et du droit.

Elle est convaincue qu’une recherche sincère de la vérité historique — ou du moins une approche aussi honnête et rigoureuse que possible — constitue une condition essentielle pour favoriser un apaisement durable des mémoires et permettre aux peuples turc et arménien de construire un avenir commun fondé sur la compréhension mutuelle et le respect comme ce fut, d’ailleurs, le cas pendant des siècles.

Dans cet esprit, notre Fédération a également exprimé, à plusieurs reprises, son attachement à une paix durable et au vivre-ensemble, comme en témoigne notamment la conclusion de notre article dédié aux récents propos du Premier ministre arménien concernant les événements de 1915. 

Bonne lecture !


 

Le 24 avril 1915 : les origines historiques d’un évènement mythifié – Dr. Maxime Gauin


Contrairement à la République d’Arménie, les nationalistes de la diaspora arménienne et leurs amis n’entendent faire aucune concession à l’élémentaire réalité historique. Le 24 avril 1915 sera commémoré en 2026 comme il l’a toujours été depuis que l’URSS s’est emparée de cette question contre la Turquie. Outre mes publications universitaires et divers efforts de vulgarisation en vidéo, j’ai déjà publié un article sur le site de la FATSR, en 2019. Le sujet étant inépuisable, j’y reviens.

Les arrestations du 24 avril : une opération ciblée

Une opération de police dans un contexte de guerre généralisée

Le but de cet article-ci est d’analyser les causes de moyen terme (à partir de 1911-1912) qui ont conduit aux arrestations du 24 avril 1915, et de ramener cette date à sa juste proportion.


Contexte géopolitique — le choc des guerres balkaniques

La déstabilisation de l’Empire ottoman s’accélère dès 1912 

En 1911, prenant prétexte d’une persécution imaginaire que subirait la minuscule minorité chrétienne de Libye, l’Italie envahit ce territoire, dernière province africaine de l’Empire ottoman. Les esprits sont mobilisés en Italie en présentant la guerre comme un moyen de régénérer la nation, en des termes qui annoncent le fascisme et par des hommes qui participeront à sa création, moins de dix ans plus tard [1]. L’armée ottomane oppose une résistance efficace, d’où le choix de l’Italie d’attaquer le Dodécanèse et de bombarder le Liban.

Voyant l’Empire ottoman occupé à combattre l’armée italienne, la Ligue balkanique (Bulgarie, Serbie, Grèce, Monténégro), formée progressivement, sous l’égide de la Russie, devient une alliance offensive, en violation de la convention de La Haye de 1907 sur le règlement pacifique des conflits. Que l’initiative de la transformation de cette ligue d’une alliance défensive contre l’Autriche-Hongrie en alliance offensive contre l’Empire ottoman vienne de la Bulgarie plutôt que de la Russie, c’est possible [2] ; mais le gouvernement de Saint-Pétersbourg est parfaitement informé de cette évolution et n’y voit aucun problème [3].

Le gouvernement français informe le gouvernement ottoman des ambitions balkaniques [4]. Seulement, depuis juillet 1912, à la suite d’un coup d’État, ce n’est plus le Comité Union et Progrès (CUP) qui est au pouvoir à Istanbul, mais l’Entente libérale, qui n’a rien eu de plus pressé que d’éliminer les officiers marqués du côté du CUP et de les remplacer par des militaires incompétents mais jugés plus loyaux [5]. L’avertissement n’est donc que peu écouté, et trop tard. Ceux qui dirigent alors l’armée ottomane la croient prête [6].

Durant la première guerre balkanique (octobre 1912 – mai 1913), l’Empire ottoman perd l’essentiel de ses provinces à l’ouest des Détroits ; le CUP revient au pouvoir en janvier 1913, mais le mal est fait sur le champ de bataille. Les disputes entre vainqueurs conduisent à une deuxième guerre balkanique (juin-juillet 1913), qui permet aux Ottomans de récupérer la Thrace orientale.

Acteurs — Engagement des comités arméniens

Dès 1912, la Fédération révolutionnaire arménienne (FRA) recrute des volontaires pour l’armée bulgare, y compris des Arméniens de nationalité ottomane. Ils sont dirigés par Antranik Ozanian et Garéguine Nejdeh — le même Nejdeh qui devient, en 1933, théoricien du nazisme arménien et recrute, à partir de 1941, des volontaires pour la Wehrmacht et la Waffen SS. Les hommes d’Antranik et Nejdeh se signalent en brûlant vifs des civils dans des mosquées [7]. Ils ne diffèrent pas, ce faisant, de nombreuses unités de l’armée bulgare, en particulier les volontaires (combattants irréguliers). Le père Gustave Michel, missionnaire catholique français, rapporte

qu’à Kurkut, une bande bulgare, conduite par un nommé Donciof, enferma tous les hommes du pays dans la mosquée ; on fit entourer la mosquée par les femmes afin qu’elles assistassent au spectacle ; ensuite les comitadjis lancèrent contre la mosquée trois bombes, et comme l’édifice ne sautait pas, les comitadjis y mirent le feu, et tous ceux qui y étaient enfermés, environ sept cents hommes, dit-on, furent brûlés vifs. “Ceux qui essayèrent de fuir furent tués à coups de fusil par les comitadjis postés aux alentours de la mosquée, de sorte que, raconte le P. Michel, visitant Kurkut, j’ai trouvé dans les rues des têtes humaines, des bras et des jambes carbonisés. J’offris assistance à quelques pauvres femmes ; les comitadjis m’accusèrent alors d’avoir volé des têtes pour les envoyer en France.

À Planitsa, la bande Donciof commit des atrocités encore pires : d’abord tous les hommes furent conduits à la mosquée et brûlés vifs, puis on réunit les femmes qui avaient assisté à la mort des leurs et elles furent à leur tour brûlées sur la place publique [8]. »

Le journaliste René Lebaut observe de son côté :

À Schtipina, à Stogazovaitz, à Boulinovatz, à Sastavcky, à Vrbitza, à Novo-Kosito tout est brûlé ; d’inoffensifs vieillards furent littéralement hachés à coups de baïonnettes ; plus de soixante femmes et quelques petites filles, dont plusieurs sont mortes, ont été violées ; une dizaine de petits garçons qui gardaient les moutons ont été assassinés ou emmenés en captivité, on ne sait au juste [9]. »

Malgré le soutien de son gouvernement à l’expansionnisme bulgare, un journaliste russe nommé Maschkov publie dans son journal, Novoyé Vrémya, des informations telles que celle-ci :

Le troisième jour de I’occupation [d’Edirne] une vingtaine de soldats bulgares massacra horriblement après les avoir dévalisés, 13 Turcs, dont 3 mollahs, avec le Muézzin Hafiz Youzouf, dans la mosquée Miri-Miran. Moi-même, j’ai vu les traces de sang. Mes collègues les ont photographiées [10]. »

Faisant fi de telles évidences, un officier arménien de l’armée bulgare, Archak Torkomian, dit Torcom, provoque l’écrivain Pierre Loti, de l’Académie française, en duel [11] pour avoir dit la vérité sur les crimes de cette armée [12].

Il est vrai que des soldats et irréguliers grecs massacrent aussi des civils musulmans, juifs et bulgares [13]. Rien que pour la première guerre balkanique, les estimations quant au total des civils musulmans tués (sans compter les Juifs et les massacres entre chrétiens orthodoxes) varient de 200 à 300 000 [14]. En ajoutant ceux massacrés durant la seconde, et ceux — la catégorie la plus nombreuse — qui sont morts de malnutrition et de maladie en fuyant les massacres, ou à la suite d’expulsions, l’historien américain Justin McCarthy arrive à 1 450 000, en sus de plus de 400 000 réfugiés survivants, toujours pour les seuls musulmans [15].

Le soutien de la FRA à la Bulgarie, et plus généralement aux coalisés balkaniques, contre l’Empire ottoman, est une rupture de l’alliance avec le CUP nouée en 1907. Encore en mars 1912, des membres de la FRA pouvaient se réfugier au consulat ottoman d’Ourmia, comme d’autres avaient pu se réfugier, en 1910-1911, dans des consulats ottomans en Russie [16]. En effet, après avoir servi les intérêts de la Russie, dans les années 1890, la FRA avait fini par se fâcher avec le gouvernement tsariste, qui lui avait alors appliqué ses méthodes de répression [17]. Mais, en 1912, tant du côté russe que du côté de la FRA, c’est un retournement spectaculaire qui se produit, contre l’Empire ottoman [18].

La rupture ne se manifeste pas seulement dans les Balkans, mais aussi à l’autre extrémité de l’Empire, à Van, près de la frontière iranienne : le maire Bedros Kapamaciyan, un Arménien loyaliste, favorable au CUP, est assassiné par la FRA le 23 décembre 1912 [19]. Inversement, le procès de membres de la FRA en Russie, en 1913, se conclut par plusieurs acquittements et des peines légères pour les autres prévenus [20] !

Bedros Kapamaciyan (1840 – 1912, maire arménien de Van, élu en 1909 avec le soutien du Comité Union et progrès (CUP, les Jeunes-Turcs), dont il était proche.

Jean Jaurès, cité de manière plus que sélective par les nationalistes arméniens de nos jours, observe alors :

Comment la Turquie mutilée et réduite à son domaine asiatique pourra-t-elle faire face aux engagements financiers de tout ordre qu’elle a souscrits, au paiement de la dette ottomane, au paiement des garanties kilométriques pour les voies ferrées concédées à l’Allemagne et à la Russie ? Tous les créanciers voudront prendre des gages, et la protection des Arméniens fournira le prétexte d’humanité dont les financiers et les gouvernements auront besoin. Ainsi, de même que le premier partage de la Pologne a conduit fatalement à de nouveaux partages, le démembrement de la Turquie d’Europe conduira au démembrement de la Turquie d’Asie [21]. »


Enjeux internationaux — Pressions et projets de réformes

L’accumulation des menaces et les efforts ottomans

En 1912, le catholicos de tous les Arméniens désigne une délégation nationale arménienne et nomme à sa tête Boghos Nubar, Arménien d’Égypte, qui n’a jamais visité l’Anatolie orientale et ne parle couramment qu’une seule langue : le français. À partir de 1912, et plus encore de 1913, la Russie — qui administre encore l’Asie centrale comme une colonie et impose un numerus clausus à ses Juifs dans ses universités — pousse à des « réformes » pour créer une Arménie autonome dans l’Empire ottoman, au mépris des réalités démographiques. Cette tentative rappelle le précédent de la Crète : autonome à partir de 1897, son rattachement à la Grèce est proclamé en 1908, effectif en 1913. Et encore les Grecs peuvent-ils faire valoir que la Crète est à majorité grecque, ce qui n’est le cas d’aucune des provinces avec lesquelles la Russie voudrait constituer une Arménie autonome [22].

Boghos Nubar Pacha (1850 – 1930)

La France est très gênée par cette initiative de l’allié russe et l’Allemagne ne veut pas d’une poussée tsariste vers la ligne Berlin-Bagdad. Paris soutient l’initiative ottomane de demander des inspecteurs administratifs au Royaume-Uni, mais Londres, liée à Saint-Pétersbourg depuis l’accord de 1907, décline l’offre [23]. Comme l’observe Jean Jaurès, « la Russie trouvera, au contraire, dans l’échec de l’intervention anglaise, une raison nouvelle de pousser sa pointe en Arménie [24]. » Toutefois, dès lors que personne ne veut une guerre générale tout de suite, un compromis est atteint en décembre 1913, puis signé en février 1914 (mais jamais ratifié). Deux régions au lieu d’une seule sont délimitées, mais le texte laisse aux Arméniens une place dans l’administration sans rapport avec leur poids dans la population des provinces concernées : la moitié des postes, alors qu’il y a 80 % de musulmans dans la première région, 74 % dans l’autre [25].

Des voix à peine officieuses ne peuvent que renforcer la crainte d’une annexion brutale ou rampante. Par exemple, le général russe de division Arthur Tchérep-Spiridovitch, parti à Paris à l’automne 1912 afin d’y recréer un mouvement arménophile, ne rencontre certes aucun succès particulier [26], mais il publie l’année suivante (en autoédition) un livre où se trouvent des passages comme ceux-ci :

Nommez donc le pays qui perdrait quelque chose, à ce que les hordes turques [sic] quittent enfin la ville de Constantin le Grand [Istanbul, appelée Constantinople jusqu’en 1453] pour rentrer chez elles, en Asie ? Toutes les puissances y gagneraient, sans exception, même la Turquie, car son état d’agonie perpétuelle ne peut lui occasionner que des souffrances. Il en est de même pour un voleur trop avide, qui serait embarrassé d’un trop lourd butin. […]

Que de sang ont versé les Turcs pour tenter de retenir sous leur joug les peuples autrefois enchaînés, mais que par la suite, ils étaient incapables de garder ? N’est-il pas évident qu’ils seront obligés de libérer enfin les Grecs, les Arméniens, les Arabes, les Syriens, le Liban, etc., s’ils veulent éviter des révoltes sans fin [27] ? »

Ou encore :

Une annexion à la Russie est, de toutes manières, avantageuse pour les Arméniens [28] ».

Krikor Zohrab, député d’Istanbul, membre de l’Entente libérale [29] (parti dont la presse exprime un racisme antijuif et antitsigane aussi virulent qu’obsessionnel) publie, toujours en 1913, et sous un pseudonyme, un livre truffé d’affirmations aussi incorrectes que dénuées de preuves, comme celles-ci : 

Les Arméniens […] forment encore aujourd’hui, au moment précis où s’ouvre le nouveau la question d’Orient dans toute son ampleur et où la question arménienne se pose devant la conscience du monde civilisé, la nationalité la plus importante dans toutes ces provinces aussi bien par leur nombre que par leur puissance économique, leur culture intellectuelle et leur aptitude au travail. Ils restent l’unique élément de civilisation dans ces contrées où une administration qu’on ne saurait qualifier a apporté la  désolation [30]. »

En réalité, même la FRA avait reconnu les progrès accomplis par l’administration ottomane sous les Jeunes-Turcs [31].

L’ouvrage de Krikor Zohrab contient aussi ces aveux révélateurs :

Les chrétiens placés sous la domination ottomane n’ont jamais abandonné l’idée de recouvrer un jour leur indépendance » ; « Depuis trois ans, le Gouvernement russe […] a pu se convaincre qu’en travaillant à améliorer le sort des Arméniens de Turquie, il se créerait de nouveaux titres à leur reconnaissance [32]. »


Indice stratégique — Circulation et accumulations d’armes


Mais ce n’est même pas là le plus inquiétant. En 1913, le « journaliste » russe Antoine Bérézovsky-Olginski, récemment expulsé de Vienne comme fauteur de troubles par le gouvernement austro-hongrois, visite l’Anatolie orientale et déclare aux Arméniens de Bitlis :

Vous savez bien sans doute que tous nos représentants dans la Turquie travaillent conjointement avec les Tachnakistes [Fédération révolutionnaire arménienne], par exemple à Van, Erzéroum [Erzurum], Bayazid, etc. […]

N’entendez pas les promesses de l’Angleterre, de la France et de l’Allemagne, qui vous font peut-être entendre beaucoup de choses par les missionnaires. La Russie ne veut, et n’a jamais voulu vous envoyer de missionnaires : elle préfère vous envoyer ses canons et ses soldats plutôt que des missionnaires [33]. »

Le discours prononcé par Antoine Bérézosvky-Olghinsky
Extrait du discours prononcé par Antoine Bérézosvky-Olghinsky

Et il y a plus tangible que les mots. En octobre 1913, le consul britannique à Alep rapporte que

les Arméniens de Deurtyol sont désormais bien armés, avec des fusils moderne, chaque homme adulte en possédant un [34]. »

Le vice-consul britannique à Van rapporte, de même, en janvier 1914 :

Durant les dernières années, ce parti s’est activement occupé d’importer secrètement des armes de les distribuer parmi ses adhérents et partisans. Les pistolets Mauser sont leur arme favorite ; ils se cachent et [donc] s’importent facilement et ils peuvent être utilisés comme une carabine, leur tir ayant une portée qui va jusqu’à mille mètres.

J’ai vu des Arméniens portant ouvertement ces armes dans le pays ; et bien que je n’aie pas vu de pistolets ou de fusils dans les quelques villages que j’ai eu l’opportunité de visiter, bon nombre de leurs habitants montraient par leur connaissance des différents types d’arme à feu qu’ils s’étaient familiarisés avec eux. À Van, on dit que les Arméniens sont maintenant mieux armés que les Kurdes, et il ne fait aucun doute qu’ils ont obtenu de nombreuses armes modernes, en sus des quelques vieux Martinis que le gouvernement [ottoman] a distribué dans chaque village [35]. »

Or, en 1914, la crainte d’une guerre avec la Grèce (vraisemblablement soutenue par la Russie) est de plus en plus vive parmi les dirigeants ottomans, et ce, non sans raisons [36]. Les assassinats, expropriations et expulsions de musulmans en Grèce, au même moment, ne sont pas pour apaiser les esprits [37].

Est-ce que, pour autant, le CUP fait montre d’un ressentiment contre les chrétiens d’Orient en tant que tels ? Pas du tout. Deux Grecs avaient été élus députés à Istanbul et deux autres à Izmir en 1912 ; ils sont trois dans chacune de ces villes aux élections anticipées de 1914, à la suite d’accords avec le CUP [38]. Onnik Ihsan, favorable au CUP, devient en 1914 le premier député arménien d’Izmir [39]. En janvier 1913, le CUP demande à Gabriel Noradounghian, ministre « libéral » des Affaires étrangères, de rester en poste, puis, devant son refus, de prendre le portefeuille des Travaux publics, ce que l’intéressé refuse à nouveau : il retourne au Sénat.

De janvier 1913 à novembre 1914, le gouvernement ottoman compte pas moins de trois ministres chrétiens, dont l’Arménien Oskan Mardikyan, membre du CUP, ministre des Postes, téléphones et télégraphes. À l’été 1914, Boghos Nubar se voit proposer de devenir ministre, dans l’espoir évident de le retourner ; mais il refuse. S’il est exact qu’un élan patriotique, voire nationaliste, a lieu en 1912-1914, c’est un patriotisme (ou, si l’on veut, un nationalisme) ottoman, qui n’exclut personne sur des critères ethniques ou religieux, et qui s’exprime, entre autres, par la voix de Bedros Hallaçyan (arménien, député, ancien ministre, membre du comité central du CUP) ou de Tekin Alp (juif, membre du CUP) [40].

Oskan Mardikyan, ministre des Postes, téléphones et télégraphes de l'Empire ottoman
Oskan Mardikyan, ministre des Postes, téléphones et télégraphes de l’Empire ottoman

J’ai déjà démontré, en m’appuyant sur la correspondance des consuls français et britanniques, et sans être aucunement démenti, que la sécurité dans les provinces de Van et de Bitlis s’améliore de façon spectaculaire en 1913-1914 [41]. Certes, une révolte kurde se produit à Bitlis en avril 1914, mais outre qu’elle est aidée, sinon provoquée, par la Russie, elle est matée sans faiblesse par le CUP, qui prend même le risque de distribuer des armes aux villageois arméniens [42]. Et pourtant, en septembre 1913, le parti nationaliste arménien Hintchak décide d’assassiner le ministre ottoman de l’Intérieur, Talat [43], justement responsable des progrès accomplis en matière de sécurité.

Le complot est découvert au milieu de l’année 1914 [44]. Le gouvernement ottoman, jusqu’en avril 1915, fait semblant de croire au mensonge du Hintchak, qui rejette la responsabilité sur une frange minoritaire de ses sections.

Talat Pacha, Ministre de l’Intérieur puis Grand Vizir de l’Empire ottoman (1874 – 1921)

Escalade — Révoltes et insurrections locales

La guerre et les révoltes : vers le 24 avril 1915

Dans les premiers mois de 1914, l’Empire ottoman propose en vain à Saint-Pétersbourg et Athènes une réconciliation [45]. Dans les semaines qui suivent le déclenchement de la Première Guerre mondiale (3 août 1914), la France tente d’obtenir du Royaume-Uni et surtout de la Russie une garantie sérieuse que l’intégrité territoriale de l’Empire ottoman serait respectée, en échange de sa neutralité : en vain [46]. C’est d’abord la crainte pour sa survie qui explique l’entrée (relativement tardive : novembre 1914) de l’Empire ottoman dans la Première Guerre mondiale [47].


Acteurs — Engagement des comités arméniens


Or, comme l’indique, par exemple, Hovannès Katchaznouni, dirigeant de la FRA et futur Premier ministre (1918-1919) de la République d’Arménie, la FRA ne respecte pas sa promesse, faite en août 1914, de rester neutre dans le conflit et participe largement au recrutement de volontaires arméniens pour l’armée russe dès avant l’entrée en guerre de l’Empire ottoman [48]. Le 31 août 1914, le général Ioudenitch, chef d’état-major de l’armée du Caucase, demande 25 000 fusils et douze millions de cartouches supplémentaires pour armer des guérilléros arméniens à l’intérieur de l’Empire ottoman, et insiste pour que ce soit fait avant le déclenchement officiel des hostilités avec la Sublime Porte [49]. Dans le courant du mois d’octobre 1914, plusieurs préfectures ottomanes alertent le ministère de l’Intérieur sur la formation de bandes de déserteurs arméniens, à l’intérieur de l’Empire ottoman comme en Russie. En particulier, le 24 octobre, une de ces bandes attaque un poste militaire ottoman dans la province d’Erzurum [50]. Le 29 de ce même mois, le consul britannique à Batoum (Géorgie, qui fait encore partie de l’Empire russe) estime que le nombre de volontaires arméniens engagés dans l’armée russe s’élève à presque 45 000 [51].

Ici, il faut relever une manipulation commise par feue Anahide Ter-Minassian (membre de la FRA, même s’il est juste de dire qu’elle a refusé, par exemple, de participer à la campagne de diffamation contre Gilles Veinstein) et le non moins nationaliste Claude Mutafian (maître de conférences en mathématiques, qui n’hésite à citer l’agent fasciste Paul de Rémusat comme une référence) : il n’y aurait eu que « 5 à 6 000 supplétifs » et « toute la thèse de la “trahison” » serait « fondée sur cet aspect très marginal de la situation », cependant que « les Russes » n’auraient « pas massacré la population géorgienne islamisée » malgré le recrutement de volontaires musulmans dans l’armée ottomane. Rien ne va dans ces assertions. D’abord, ces deux auteurs confondent les effectifs des druzhinis (unités exclusivement formées de volontaires arméniens ottomans, et rattachées directement au commandement russe du Caucase), qui s’élèvent à six mille [52], et non « cinq ou six mille avec le total des effectifs des volontaires ».

La majorité des volontaires arméniens se trouvent ailleurs que dans ces unités. Ensuite, la trahison des nationalistes arméniens ne se limite pas au recrutement de volontaires pour l’armée russe. Et enfin, cette même armée extermine environ 38 000 des 45 000 musulmans vivant dans la vallée du Tchorokhi, durant les premiers mois de 1915 [53]. Il est très ironique de voir M. Mutafian manier le terme « négationniste » avec autant de légèreté, lui qui nie effrontément des massacres avérés. Passons.

Loin de se limiter aux volontaires, la trahison se manifeste par des révoltes. Outre l’affrontement d’octobre 1914, à Erzurum, il faut en citer plusieurs autres. Zeytun avait une tradition de révoltes fiscales entre 1780 et le milieu du XIXe siècle, qui sont devenues des révoltes politiques à partir de celle de 1862 (préparée en amont).

En août 1914, la plupart des Arméniens de cette bourgade refusent de s’engager dans l’armée ottomane et des bandes commencent à se former [54]. En février 1915, une véritable révolte éclate et la diplomatie russe demande à la France et au Royaume-Uni d’approvisionner les insurgés en fusils et en cartouches, notamment en raison du fait que Zeytun se situe sur la route d’approvisionnement d’Erzurum, près de la frontière russe [55]. Ne serait-ce que parce que Zeytun est située assez loin de la Méditerranée, un tel approvisionnement n’a pas lieu, mais, malgré cela, les insurgés prennent possession de la caserne de la bourgade, arsenal inclus, en mars 1915 [56].

La révolte est écrasée, mais sans massacre ; les Arméniens de Zeytun sont expulsés, mais vers Konya, ville située en Anatolie (plus à l’ouest que Zeytun), et non vers les provinces arabes [57].

Mesures de guerre — Le recours aux déplacements de populations


Dörtyol, une des très rares bourgades ottomanes à majorité arménienne, est plus stratégiquement située : en bord de mer et à côté de l’unique voie de chemin de fer reliant Istanbul aux provinces arabes. À partir de décembre 1914, des navires britanniques, français et russes bombardent la région, le chemin de fer étant à portée de canon. L’HMS Doris, commandé par un officier très capable (plus tard anobli par le roi d’Angleterre) y débarque des saboteurs, qui sont accueillis avec joie et activement aidé par des Arméniens locaux [58]. Encore une fois, la réponse est déplacement localisé. Les Arméniens de Dörtyol — mais uniquement de Dörtyol — sont expulsés en mars 1915 [59].

Carte des opérations de l’HMS Doris en décembre 1914, réalisée par Mesut Uyar, pour Edward J. Erickson

Ce qui va mener au 24 avril puis au déplacement forcé massif, c’est la révolte de Van et surtout la crainte que les exemples de Van, Zeytun, Dörtyol, etc., n’inspirent beaucoup d’autres.

La révolte de Van était préparée dès avant 1914 par Aram Manoukian, dirigeant local de la FRA, et S. Olferiev, vice-consul de Russie, lequel rendait compte à son gouvernement [60]. Manoukian avait compris l’intérêt d’armer les villageois, et pas seulement des citadins. Les soulèvements commencent dans les campagnes en février-mars 1915. Les insurgés massacrent sans pitié des civils musulmans, y compris des enfants en bas âge [61]. La ville elle-même se soulève en avril. L’insurrection et l’arrivée de l’armée russe, notamment des volontaires arméniens originaires d’Anatolie orientale, font perdre aux Ottomans l’essentiel du la province. Le commandant du 4e corps d’armée russe envoie un télégramme de félicitations au catholicos de tous les Arméniens pour le remercier du recrutement des volontaires qui ont contribué à la prise de la ville [62]. Mais bien vite, les généraux russes s’inquiètent des massacres indiscriminés perpétrés tant par les insurgés que par les volontaires arméniens, car ils compliquent la conquête et l’occupation de la région, ce qui finit même par donner lieu à des condamnations par la justice militaire [63].

L’armée du tsar ne prend (brièvement) Bitlis (chef-lieu de la province voisine) qu’en 1916, mais, dès les premiers mois de 1915, des insurgés arméniens attaquent les routes essentielles pour la logistique de l’armée ottomane et massacrent des civils [64]. Aram Turabian, turcophobe particulièrement haineux, responsable du recrutement, à Marseille, de volontaires pour la Légion étrangère, lié aux nationalistes arméniens du Caucase, compte 30 000 insurgés « dans les montagnes de Sassoun », c’est-à-dire dans la province de Bitlis [65].

Carte des deux provinces de Van et Bitlis, à l’Est de l’Anatolie. Source : Justin McCarthy, Esat Arslan, Cemalettin Taşkıran et Ömer Turan, The Armenian Rebellion at Van, Salt Lake City, University of Utah Press, 2006, p. 4.

Dans la province de Sivas, située à l’arrière du front russo-ottoman, quinze mille Arméniens désertent pour rejoindre l’armée russe et quinze mille autres pour former des groupes de guérilleros [66]. Pour ne rien arranger, après un bombardement en février, les flottes britannique et française commencent à attaquer les Dardanelles en mars. Après l’échec de la tentative forcer les Dardanelles, le 18 de ce mois, l’armée ottomane et la mission militaire allemande ne se font aucune illusion : la prochaine étape (qui commence le 25 avril) sera un débarquement, une opération combinée de troupes terrestres et de navires [67]. C’est dans ce contexte qu’une partie des Arméniens d’Izmit et de Bursa (villes situées entre Istanbul et les Dardanelles) se soulèvent [68].

C’est seulement après ce cumul d’évènements insurrectionnels que les arrestations de la fin avril 1915 (principalement, mais pas seulement, le 24) ont lieu. Il s’agit d’une opération limitée, puisqu’au total seules 235 personnes sont arrêtées à Istanbul, sur environ 160 000 Arméniens dans l’agglomération stambouliote à cette époque. Au terme de ces perquisitions, sont découverts, entre autres, dix-neuf pistolets Mauser (convertibles en carabines), soixante-quatorze fusils Martini, cent onze carabines Winchester, 3 591 armes de poings et 45 221 balles de pistolets. À l’évidence, il ne s’agissait pas d’armes de collection !

La liste des suspects est établie, au moins en partie, par des Arméniens loyalistes, notamment Vahé Ihsan, assassiné le 27 mars 1920 par un terroriste de la FRA [69]. Il a été déjà vu sur ce site que d’autres Arméniens loyalistes ont continué à exercer de hautes fonctions (députés, sénateurs, directeur général de la Banque ottomane, directeur de l’Institut séricicole de Bursa, conseiller juridique du ministère des Affaires étrangères, etc.) bien après avril 1915 : inutile d’y revenir.

Toujours le 24 avril 1915, le ministre de l’Intérieur, Talat Pacha, ordonne dissoudre toutes les sections des partis nationalistes arméniens dans l’Empire ottoman, et conclut sa circulaire par ces mots :

Comme cet ordre vise exclusivement à empêcher les comités [arméniens] d’agir, vous devrez vous abstenir de l’appliquer d’une façon telle qu’il puisse en résulter un massacre mutuel entre les éléments musulmans et arméniens [70]. »

Encore le 2 mai 1915, le gouvernement ottoman n’envisage l’expulsion d’Arméniens que dans les provinces de Van et de Bitlis [71]. Il faut encore trois semaines de soulèvements pour que le gouvernement ottoman se résolve, les 26 et 27 mai 1915, à ordonner un déplacement massif (une loi spéciale est en outre adoptée le 30 mai), et encore exempte-t-il un demi-million d’Arméniens de déplacement forcé, notamment la plupart de ceux vivant à Istanbul, Izmir, Edirne, Kastamonu, Kütahya, Antalya, Konya et Alep [72], sans compter ceux (des milliers, certainement, des dizaines de milliers, probablement) qui sont déplacés à l’intérieur de l’Anatolie [73].

Loi sur le déplacement et la réinstallation (Sevk ve Iskân Kanunu) du 27 mai 1915 publié par le Takvîm-i Vekâyi (Journal officiel)

Cette méthode, consistant à déplacer des civils pour priver des insurgés de leurs soutiens logistiques, existe depuis le XVIIIe siècle. C’est entre 1899 et 1918 qu’elle est le plus utilisée dans l’histoire mondiale, y compris par des pays démocratiques (l’Espagne contre les indépendantistes cubains, le Royaume-Uni contre les Boers en Afrique du sud, les États-Unis contre les indépendantistes philippins) [74] et ce n’est pas un hasard : fin XIXe, apparaissent les poudres sans fumée, qui rendent les tireurs beaucoup plus difficiles à identifier et contribuent à étendre la portée des fusils jusqu’à deux kilomètres ; l’aviation militaire n’apparaît que progressivement, dans les années 1910 avec des frappes bien peu précises au début. Autant dire que le tournant des XIXe et XXe siècles est la période de l’histoire où les insurgés, particulièrement en région montagneuse, sont les plus difficiles à vaincre par des méthodes conventionnelles.


Synthèse — Lecture historique, enjeux internationaux  et projets de réformes


En conclusion, la réalité est bien différente de ce que certains extrémistes arméniens ont voulu imposer à coups de bombes et de menaces physiques. Loin d’avoir été une action arbitraire motivée par la haine ethno-religieuse, les arrestations du 24 avril 1915 sont une opération de police, dans un contexte de guerre et de soulèvements multiples.

Il est évident, en avril 1915, que ce qui vient de se passer dans les Balkans, risque fort de se répéter en Anatolie, si aucune mesure forte n’est prise, mais avec cette différence que l’Anatolie ne pourrait plus être un refuge.

La question des massacres d’Arméniens — que personne ne nie et qui sont réprimés dès 1915  par le gouvernement ottoman : 1 397 condamnations, au total, d’octobre 1915 à janvier 1917, dont des condamnations à mort — est postérieure au 24 avril 1915. Ces crimes ne sont en aucune façon la conséquence inéluctable de mesures de simple police.

À Zurich, en janvier 2025, le Premier ministre arménien Nikol Pachinyan a pris certaines distances avec l’historiographie nationaliste arménienne et constaté l’instrumentalisation de la tragédie de 1915-1916 par l’URSS, dans le contexte de la guerre froide. En mars 2026, il a confirmé cette inflexion, en dénonçant la « mentalité impériale », qui fait croire aux Arméniens « qu’il y aura une reconnaissance internationale du génocide, puis que vous pourrez retourner à Van, Muş, en Cilicie, et ainsi de suite », ce qui empêche, a-t-il remarqué avec pertinence, de construire véritablement un État.

Cela crée un contexte favorable, sinon à une commission d’historiens sur la tragédie de 1915-1916 (ndlr : par exemple, à l’instar des Protocoles de Zurich que la FATSR avait soutenus), du moins à une véritable ouverture des archives nationales arméniennes, qui, si, comme c’est probable, elle a lieu, constituera une pression supplémentaire — mais pas forcément suffisante — sur la FRA, l’Institut Zoryan, le Hintchak, et la Bibliothèque Nubar pour qu’ils ouvrent à leur tour leurs archives.

Les discours courageux de M. Pachinyan permettent aussi de penser qu’il sera de moins en moins tabou en Arménie d’énoncer cette évidence : avant, pendant et après la Première Guerre mondiale, les nationalistes arméniens ont fait le malheur de ceux au nom desquels ils prétendaient parler et agir.

Maxime Gauin
(Université Nişantaşı, Istanbul – Turquie)


 

Qui est le Dr. Maxime Gauin ?


Le Dr. Maxime Gauin est titulaire d’un master (Paris-I-Sorbonne) et d’un doctorat (Middle East Technical University) en histoire. Spécialiste de l’histoire ottomane tardive, sa thèse porte sur les relations entre la République française et les comités arméniens, de 1918 à 1923.

Chercheur au Centre d’études eurasiennes (AVIM), il a enseigné à l’université ADA à Bakou, et travaille désormais à l’université Nişantaşı à Istanbul.

Régulièrement invité par les médias internationaux, il est l’auteur de nombreuses publications. Nous recommandons en particulier : « The Impact of the Armenian Question on the French-Turkish Relations », dans Aurélien Denizeau et Ozan Ömerci (dir.), Turkish-French Relations. History, Present and the Future, Cham, Springer, 2022, pp. 277-307 ; « Uneven Repression: The Ottoman State and its Armenians », dans Edward J. Erickson (dir.), A Global History of Relocation in Counter-Insurgency Warfare, Londres-New York, Bloomsbury Academics, 2019, pp. 115-140 ; « Review Essay — ‘Proving’ a ‘Crime against Humanity’ ?»,  Journal of Muslim Minority Affairs, XXXV-1, mars 2015, pp. 141-157, dont une version française est disponible en ligne ; et « A Reply to Vahagn Avedian », European Journal of International Law, XXIII-3, août 2012, pp. 821-835 — revue publiée par les Presses universitaires d’Oxford — (coécrit avec Pulat Tacar, diplomate, chercheur et écrivain).

Nous recommandons par ailleurs le blog qu’il anime depuis plusieurs années sur la question arménienne : https://question-armenienne.blogspot.com/


 

Références :


[1] Zeev Sternhell, Maia Ashéri et Mario Sznajder, Naissance de l’idéologie fasciste, Paris, Gallimard, « Folio-histoire », 2010. Je ne puis adhérer complètement à la thèse des auteurs, qui vont jusqu’à écrire que le fascisme était déjà né en 1914 ; mais ils apportent trop d’éléments sur les ressemblances entre le discours de 1911 et le discours fasciste, à partir de 1919, ainsi que sur la trajectoire de futurs fascistes, pour sous-estimer l’importance de la guerre de 1911-1912 comme élément précurseur du fascisme italien.

[2] William Langer, « Russia, the Straits Question and the Origins of the Balkan League, 1908-1912 », Political Science Quarterly, XLIII-3, septembre 1928, pp. 321-363.

[3] Biljana Stojic, « Making the Balkan League With(out) the European Powers », dans Ercan Karakoç et Ali Serdar Mete (dir.), The Balkan Wars. Ottoman Perspectives, Lausanne, Peter Lang, 2024, pp. 27-40.

[4] Osman Okyar, « Les rapports franco-turcs à l’époque d’Atatürk vus sous l’angle de la mission militaire de Fetih Okyar comme attaché militaire à Paris », dans Paul Dumont et Jean-Louis Bacqué-Grammont (dir.), La Turquie et la France à l’époque d’Atatürk, Paris, ADET, 1981, pp. 7-15.

[5] Henry Nivet, La Croisade balkanique, Paris, France-Orient, 1913, pp. 43-44.

[6] Hrant Bey Noradounghian, Les Balkans et la Russie à la veille de la Première Guerre mondiale. Mémoires d’un diplomate ottoman, Istanbul, Les éditions Isis, 2010 (1re éd., 1950), pp. 42-43.

[7] Brad Dennis, « Armenians and the Cleansing of Muslims 1878–1915: Influences from the Balkans », Journal of Muslim Minority Affairs, XXIX-3, été 2019, p. 10.

[8] « Massacres à Kilkitch et dans la région — Récit d’un Français », Le Temps, 10 juillet 1913, p. 2.

[9] René Lebaut, « La guerre balkanique — Les atrocités bulgares — Pierre Loti avait raison », Le Petit Journal, 22 juillet 1913, p. 1

[10] Les Atrocités des Bulgares en Thrace, Istanbul, 1913, p. 5.

[11] « Amour-propre de bandits », Le Midi socialiste, 5 novembre 1913, p. 1 ; Pierre Loti, « À propos d’un défi ridicule », Le Figaro, 8 novembre 1913, p. 1.

[12] Pierre Loti, « Lettre sur la guerre moderne », Le Figaro, 12 novembre 1912, p. 1 ; « Une lettre de M. Pierre Loti », L’Humanité, 30 janvier 1913 ; Pierre Loti, Turquie agonisante, Paris, Calmann-Lévy, 1913.

[13] « À Salonique — Hauts faits des troupes grecques et bulgares », L’Humanité, 1er décembre 1912, p. 1 ; Dotation Carnegie pour la paix internationale, Enquête dans les Balkans, Paris, Georges Crès & Cie, 1914, pp. 77-89, 313-321 et passim.

[14] Nedim İpek, « The Balkans, War and Migration », dans Hakan Yavuz et Isa Blumi (dir.), War and Nationalism. The Balkan Wars, 1912–1913, and Their Sociopolitical Implications, Salt Lake City, University of Utah Press, 2013, p. 648; Henry Nivet, La Croisade balkanique…, p. 191.

[15] Justin McCarthy, Death and Exile. The Ethnic Cleansing of Ottoman Muslims, 1821-1922, Princeton, Darwin Press, 1995, p. 339.

[16] Michael Reynolds, Shattering Empires. The Clash and Collapse of the Ottoman and Russian Empires, 1908-1918, Cambridge-New York, Cambridge University Press, 2011, pp. 98-101.

[17] E. Aknouni, Les Plaies du Caucase, Genève, Fédération révolutionnaire arménienne, 1905 ;  du même auteur, Political Persecution. Armenian Prisoners of the Caucasus, New York, 1911.

[18] Onur Önol, The Tsar’s Armenians: A Minority in Late Imperial Russia, London-New York: I. B. Tauris, 2017, notamment pp. 146-150.

[19] Hasan Oktay, « On the Assassination of Van Mayor Kapamaciyan by the Tashnak Committee », Review of Armenian Studies, n° 1, 2002, pp. 79-89; Kapriel Serope Papazian, Patriotism Perverted, Boston, Baikar Press, 1934, p. 70.

[20] Le consul britannique à Erzurum au chargé d’affaires à Istanbul, 14 octobre 1913, The National Archives, Londres-Kew Gardens, FO 195/2450.

[21] Jean Jaurès, « La Pologne turque », L’Humanité, 1er novembre 1912, p. 1.

[22] Même un arménophile en convient : « il n’est pas une province, pas un district, presque pas un seul canton où la population arménienne soit en majorité et puisse équitablement revendiquer la suprématie pour sa nationalité. » (Francis de Pressenssé, « La question arménienne », Revue des deux mondes, 1er décembre 1895, p. 677).

[23] L’ambassadeur de France à Constantinople à M. le ministre des Affaires étrangères, 23 mai 1913, AMAE, P 16744

[24] Jean Jaurès, « Conjectures », L’Humanité, 29 juillet 1913, p. 1

[25] Justin McCarthy, East Arslan, Cemalettin Taşkıran et Ömer Turan, The Armenian Rebellion at Van, Salt Lake City, University of Utah Press, 2006, pp. 146-149.

[26] Copie d’un rapport de la P.P. [préfecture de police] en date du 10 octobre 1912, Archives nationales, Pierrefitte, F7 13070.

[27] Arthur Tchérep-Spiridovitch, L’Europe sans Turquie. La sécurité de la France l’exige, Paris, éditions de la Ligue franco-slave, 1913, p. 89.

[28] Ibid., p. 109.

[29] Nejla Günay, « II. Meşrutiyet Dönemi’nde Ermeni Partilerinin Seçim İttifakları », XVIII. Türk Tarih Kongresi, Ankara, TTK, 2022, p. 412.

[30] Marcel Léart (Krikor Zohrab), La Question arménienne à la lumière des documents, Paris, Augustin Challamel, 1913, p. 8.

[31] Dikran Kaligian, Armenian Organization and Ideology under Ottoman Rule, New Brunswick-Londres, Transaction Publishers, 2009, pp. 43 et 65-71. L’auteur est un cadre de la FRA, c’est pourquoi il a eu accès aux archives du parti, qui sont closes, sur les sujets délicats, aux autres chercheurs.

[32] Marcel Léart (Krikor Zohrab), La Question arménienne…, pp. 16 et 24.

[33] Discours prononcé par M. Bérézosvky-Olghinsky, le 7 avril 1913, à un banquet qui lui a été offert par des jeunes à Arméniens, à Bitlis (Anatolie orientale), Archives du ministère des Affaires étrangères, La Courneuve, microfilm P 16744.

[34] Le consul Fontana au chargé d’affaires à Istanbul, 31 octobre 1913, FO 371/1773/52128.

[35] Muammer Demirel (éd.), British Documents on Armenians (1896-1918), Ankara, Yeni Türkiye, 2002, pp. 635-636.

[36] Mustafa Aksakal, The Ottoman Road to War, Cambridge-New York, Cambridge University Press, 2008, pp. 42-56.

[37] Les Atrocités des Grecs en Macédoine, Établissement Typo-Lithographique Ahmed Ihsan & C°., Istanbul, 1914.

[38] Caroline Boura, « The Greek Millet in Turkish Politics: Greeks in the Ottoman Parliament (1908-1918) », dans Dimitri Gondicas et Charles Issawi (dir.), Ottoman Greeks in the Age of Nationalisms. Politics, Economy and Society in the Nineteenth Century, Princeton, Darwin Press, 1999, pp. 205-206.

[39] Mehmet Biçici, « Osmanlı Meclis-I Mesubânı’nda Ermeni Mebuslar ve Faaliyetleri (1914-1918) » [Les députés arméniens et leur activité au Parlement ottoman (1914-1918)], dans 19.-20. Yüzıllarda Türk-Ermeni İlişkileri Sempozyumu, İstanbul, İstanbul Üniversitesi/Türk Ocakları, 2015, pp. 357 et 367-368.

[40] Ebru Boyar, « The Impact of the Balkan Wars on Ottoman History Writing: Searching for a Soul », Middle East Critique, XXIII-2, 2014, pp. 147-156; Yücel Güçlü, L’Holocauste et le cas arménien. Perspectives comparées, Bruxelles, Avant-Propos, 2014, pp. 138-148 et 152 ; Pierre Risal (Tekin Alp), « Les Turcs à la recherche d’une âme nationale », Mercure de France, août 1912, pp. 673-707 ; Norman Stone, Turkey. A Short History, Londres, Thames & Hudson 2010, p. 142.

[41] Maxime Gauin, « Uneven Repression: The Ottoman State and its Armenians », dans Edward J. Erickson (dir.), A Global History of Relocation in Counter-Insurgency Warfare, Londres-New York, Bloomsbury Academics, 2019, p. 119; « From Terrorism to Insurgencies: The Armenian Revolutionary Nationalists Against the Ottoman State, 1912-1915 », XVIII. Türk Tarih Kongresi, Ankara, TTK, 2022, pp. 339-341.

[42] Tibet Abak, « The Bitlis Uprising before World War I », dans Hakan Yavuz et Feroz Ahmad (dir.), War and Collapse, Salt Lake City, University of Utah Press, 2016, pp. 690-697 ; Feroz Ahmad, « Unionist Relations with the Greek, Armenian and Jewish Communities », dans Benjamin Braude et Bernard Lewis, Christians and Jews in the Ottoman Empire, New York-Londres, Holmes & Meier, 1982, pp. 424-425.

[43] Rapport de l’Okhrana, septembre 1913, Hoover Institution, Stanford, Okhrana records, microfilm no. 385.

[44] Ahmet Tetik (éd.), Armenian Activities in the Archive Documents, Ankara, ATASE, tome III, 2006 (procès-verbaux d’interrogatoires, réquisitoire et verdict).

[45] Feroz Ahmad, « Great Britain’s Relations with the Young Turks 1908-1914 », Middle Eastern Studies, II-4, juillet 1966, pp. 324-325; Mustafa Aksakal, The Ottoman Road…, p. 44.

[46] M. Doumergue, ministre des Affaires étrangères, à M. Bompard, ambassadeur à Constantinople, et M. Paul Cambon, ambassadeur à Londres, 8 août 1914 ; M. Paléologue, ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg, à M. Doumergue, ministre des Affaires étrangères, 17 août 1914 ; M. Paul Cambon, ambassadeur à Londres, à M. Declassé, ministre des Affaires étrangères, 1er septembre 1914, Documents diplomatiques français. 1914, Paris, Imprimerie nationale, 1997, pp. 26, 68 et 138-139.

[47] Mustafa Aksakal, The Ottoman Road…

[48] Hovannès Katchaznouni, The Armenian Revolutionary Federation Has Nothing to Do Anymore, New York, Armenian Information Service, 1955, pp. 5-6 (discours prononcé devant le congrès de la Fédération révolutionnaire arménienne à Bucarest, en avril 1923), pp. 5-6 :

[49] Sean McMeekin, The Russian Origins of the First World War, Cambridge (Massachusetts)-Londres, Harvard University Press, 2011, pp. 154-156.

[50] Kâmuran Gürün, Le Dossier arménien, Paris, Triangle, 1984, pp. 237-238.

[51] Muammer Demirel (éd.), British Documents on…, p. 665.

[52] Gabriel Korganoff (Gorganian), La Participation des Arméniens à la guerre mondiale sur le front du Caucase, Paris, Massis, 1927, p. 21.

[53] Michael A. Reynolds, Shattering Empires. The Clash and Collapse of the Ottoman and Russian Empires, 1908-1918, Cambridge-New York, Cambridge University Press, 2011, p. 144.

[54] Yusuf Halaçoğlu, Facts on the Relocation of Armenians, 1914-1918, Ankara, TTK, 2002, p. 48; Télégramme d’un groupe de notables (y compris des Arméniens loyalistes) au ministère de la Guerre, 23 novembre 1914, Askerî Tarih Belgeleri Dergisi, n° 86, avril 1987, pp. 7-8.

[55] Arthur Beylerian (éd.), Les Grandes Puissances, l’Empire ottoman et les Arméniens dans les archives françaises (1914-1918), Paris, 1983, p. 7.

[56] Yusuf Sarınay (éd.), Osmanlı Belgelerinde Ermeni İsyanları, Ankara, Başbakanlık Basımevi,  tome IV, 2008, pp. 105-108 et 113-115.

[57] Télégramme de Cemal Pacha au ministère de la Guerre, 3 avril 1915, Askerî Tarih Belgeleri Dergisi, n° 86, avril 1987, pp. 25-26 ; Yusuf Halaçoğlu, Facts on the…, pp. 58-60.

[58] Rapport du préfet d’Adana, 27 février 1915, Ahmet Tekit (ed.), Armenian Activities in the Archive Documents, Ankara, ATASE, tome I, 2005, pp. 57-58 ; Edward J. Erickson, « Captain Larkin and the Turks. The Strategic Impact of the HMS Doris in Early 1915 », Middle Eastern Studies, XLVI-1, janvier 2010, pp. 151-162

[59] Télégramme du ministre de l’Intérieur, Talat Pacha, au préfet d’Adana, 2 mars 1915, Hikmet Özdemir et Yusuf Sarınay (éd.), Turkish-Armenian Conflict Documents, Ankara, TBMM, 2007, p. 11.

[60] Sean McMeekin, The Ottoman Endgame. War, Revolution and Making of the Modern Middle East, Londres, Allen Lane, 2015, p. 228.

[61] Liste des victimes au village de Mergehu, 4 mars 1915, Documents [sur les Arméniens ottomans], Ankara, Direction générale de la presse, tome I, 1982, pp. 59-61 ; Télégramme du préfet de Van, 25 mars 1915, Askerî Tarih Belgeleri Dergisi, n° 86, avril 1987, pp. 21-22 ; Justin McCarthy, East Arslan, Cemalettin Taşkıran et Ömer Turan, The Armenian Rebellion…, pp. 176-266 ; Sean McMeekin, The Russian Origins…, pp. 168-169.

[62] Gabriel Korganoff, La Participation des Arméniens…, pp. 23-28.

[63] Michael Reynolds, Shattering Empires…, pp. 156-158.

[64] Kara Schemsi, Turcs et Arméniens devant l’histoire, Genève, Imprimerie nationale, 1919, pp. 35-39 (traductions de dépositions sous serments faites par des témoins et survivants).

[65] Aram Turabian, « Les Arméniens et la guerre », Le Soleil du midi, 9 février 1916. L’article date la révolte à Sassoun du printemps 1915.

[66] Télégramme du préfet de Sivas, 22 avril 1915, Documents sur les Arméniens ottomans, Ankara, Direction générale de la presse et de l’information, tome II, p. 80.

[67] Max Schiavon, Le Front d’Orient, Paris, Tallandier, 2014, pp. 39-70.

[68] Aspirations et agissements révolutionnaires des comités arméniens avant et après la proclamation de la constitution ottomane, Istanbul, 1917, pp. 301-305.

[69] Archavir Chiragian, La Dette de sang, Bruxelles, Complexe, 2006 (1re édition, en arménien, 1963 ; 1re édition en français, 1982), pp. 127-128.

[70] Document saisi par l’armée britannique fin 1918, reproduit dans Salâhi Sonyel, « Armenian Deportations : A Reappraisal in the Light of New Documents », Belleten, XXXVI/141, janvier 1972, pp. 59-60. L’original est dans FO 371/4241/170751. Je l’ai personnellement vérifié. Un double a été publié dans Hikmet Özdemir et Yusuf Sarınay, Turkish-Armenian Conflict…, pp. 24-25.

[71] Lettre d’Enver à Talat, 2 mai 1915, traduite dans Kâmuran Gürün, Le Dossier arménien…, p. 242.

[72] Rapport de Lewis Heck sur la situation au 1er janvier 1918, daté du 7 février de la même année, pp. 23-24, National Archives and Records Administration, College Park (Maryland), RG 59, M 353, microfilm 7 ; S.R. Marine, Turquie, n° 833, 14 juin 1919, Service historique de la défense, Vincennes, 1 BB7 232 ; Guenter Lewy, The Armenian Massacres in Ottoman Turkey, Salt Lake City, University of Utah Press, 2005, p. 191.

[73] Pour un témoignage d’Arménien réinstallé à Kütahya : Torkom İstepanyan, Hepimize bir Bayrak, İstanbul, Tarla Yayınları, 1967, pp. 19-28.

[74] Edward J. Erickson, Ottomans and Armenians. A Study in Counter-Insurgency, New York-Londres, Palgrave MacMillan, 2013, pp. 79-96; Edward Erickson (dir.), A Global History…

Publié le 15 avril 2026

 

Liker Tweeter on Google

15 avril 2026 - Cat. Accueil, Articles, Histoire, Question arménienne, Turquie

Le coin Atatürk

  • Sa vie
  • Discours et pensées
  • Livres
  • THEMATIQUES
    • Liberté d’expression
    • Question arménienne
    • PKK
    • RTCN & Chypre
    • Azerbaïdjan
    • Turcique
  • TURQUIE
    • Histoire Géographie
    • Culture
    • Livres
    • Informations
    • Elections Votations
  • SUISSE
    • Histoire Géographie
    • Elections Votations
  • MONDE
  • NEWSLETTER
  • THEMATIQUES
  • TURQUIE
  • SUISSE
  • MONDE
  • NEWSLETTER

© 2026 • Site web réalisé par Emmanuel Neuhaus • Tous droits réservés